L’espresso à un euro

Il y a des cultures qui ont compris que l’endroit où on boit et mange est aussi important que ce qu’on boit et mange.

L’Italie en est une.

Ce n’est pas pour rien qu’on y est allés plus qu’une fois. Des grandes villes et des petites. Des endroits qu’on visitait pour la première fois et d’autres où on revenait parce qu’on n’avait pas fini. Chaque voyage avait ses propres raisons, mais il y avait toujours, à un moment ou un autre, le même rituel. Le même arrêt.

Le café au comptoir.

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Bon, ceux-ci ont été coulés chez nous avec un grain torréfié au Faro mais vous comprenez le principe

90 secondes

Ce qui frappe, quand on passe du temps en Italie, c’est que le café n’est pas une destination. C’est une ponctuation.

À toute heure de la journée: le matin tôt, après le lunch, en milieu d’après-midi, on voit deux personnes arriver au comptoir d’un bar. On n’a aucune idée d’où elles viennent ni où elles vont. Elles commandent un espresso, échangent quelques mots, le boivent debout, paient, un euro, et repartent. Ça dure 90 secondes. Peut-être deux minutes si on veut être rigoureux.

Pas de table. Pas de MacBook. Pas de grand verre en carton avec un nom écrit dessus.

Juste le café, le comptoir, et l’autre personne.

Ce qui est frappant là-dedans, c’est l’absence de cérémonie. Personne ne s’installe pour faire durer le moment. Et pourtant le moment existe pleinement. Et il est réel, il est social, il a une forme. C’est juste que sa forme est courte et c’est exactement pour ça qu’il peut se répéter plusieurs fois dans une journée sans problème.

Ce que ça dit de nous

En Amérique du Nord, on a transformé le café en expérience. En produit personnalisable. En endroit où rester. Le café à emporter dans un gobelet de 20 oz qu’on tient pendant trois heures n’a plus grand-chose à voir avec ce qu’on boit à Naples.

Ce n’est pas un jugement, c’est juste deux façons très différentes de concevoir la même chose.

L’une dit : prends ton temps, installe-toi, fais de ce moment quelque chose de confortable et de long.

L’autre dit : ce moment est court et c’est exactement sa valeur. Il s’insère dans ta journée sans la ralentir. Il te reconnecte à quelqu’un ou à toi-même, et ensuite tu continues.

Pourquoi on y pense à La Buvette

On n’est pas un café. Mais on est un endroit où on peut arriver pour une chose précise: un verre, un repas, juste un moment. Être bien reçu, et repartir quand on est prêt. Pas d’obligation de rester deux heures. Pas de pression de commander davantage.

Ce qu’on a aimé dans tous ces bars italiens, c’est qu’ils n’essayaient pas d’être plus que ce qu’ils étaient. Ils étaient simplement bons dans ce qu’ils faisaient, et les gens revenaient pour ça.

C’était bon et beau.